Mis en scène par Maurice Pialat
avec Nathalie Baye, Philippe Léotard, Hubert Deschamps...

LE SILENCE AVANT LA MORT.

Tout le monde feint de s'en foutre, Monique va mourir. Atteinte d'un cancer, elle passe la première partie du film clouée dans un lit d'hôpital. Elle fait du silence son meilleur ennemi, elle s'y ai résoud. Son mari et ses enfants ne prêtent pas beaucoup d'attention à son égard. Dans ce climat mortuaire, en réalité, tout le monde est pétrifié.

La beauté, Monique, l'amour d'un couple, l'idée d'une certaine France tout est amené a disparaître dans ce film sombre et naturaliste. Maurice Pialat, comme à son habitude, met en scène ses comédiens avec génie, leur laissant l'opportunité de l'impro. C'est à la fois un film pessimiste et un film ouvert au monde.

La tragédie c'est la parole. La gueule ouverte d'où les mots ne sortent pas, ou s'ils sortent ils ne disent jamais l'essentiel. Toute la froideur du non-dit transforme les personnages en statues face à la mort. Des personnages qui sont figés et dont on pressent des tourments contrôlés à l'intérieur. Il leur faut contempler la mort à l'oeuvre. Contempler est le mot juste. Pialat joue de plans-séquences à glacer le sang, des plans cadrés sur la banalité de la vie. Une banalité qui ira jusqu'au dernier souffle de Monique. La gueule ouverte des personnages qui restent pantois devant l'effroyable travail de la mort. La fatalité affole les vivants puisqu'elle leur fait comprendre que la vie est d'une simplicité impossible à atteindre. Les humains se rendent trop complexes face à la vie et cette erreur est insurmontable.

La gueule ouverte est un somptueux film sur la mort et la parole. Une parole souvent en décalage avec la vérité nue des images. Maurice Pialat est un génie du cinéma qui use de très peu d'artifices pour laisser place à la salissure et donc à la vérité. Laissant Monique mourir en silence et dans la solitude.