Mathieu Amalric, Catherine Deneuve et Jean-Paul Roussillon. JC Lother / Why Not Productions
Mis en scène par Arnaud Desplechin
avec Catherine Deneuve, Jean-Paul Roussillon, Anne Cossigny, Mathieu Amalric, Chiara Mastroiani, Melvil Poupaud, Emmanuelle Devos, Hippolyte Girardot, Emile Berling...

PORTRAIT D'UNE FAMILLE PRESQUE APAISEE.

Potentielle Palme d'or à Cannes, Un Conte de Noël, le nouveau de Desplechin est un bijou du cinéma français contemporain. Après les dépressifs, Rois et Reines et Esther Kahn, ce film semble trouver l'apaisement après un acouchement dans la douleur.

"Henri est tellement prévisible, comme le mal."

Pourtant, ce film est terrible. Cette famille réunie pour Noël semble être une idée saugrenue. Elizabeth (Anne Cossigny) a banni son frère de la famille et tout le reste de la famille a accepté cette volonté. Henri est hors-jeu, parait-il qu'il incarne le mal, qu'il est détestable et sa déchéance réjouit sa soeur. Junon, la mère, n'a pas d'estime pour son fils, elle ne l'aime pas. Son père ne dit trop rien et toute son humanité contraste avec ce mutisme. Le gouffre béant qui illustre cette famille est à peine voilé et de là, né l'apaisement. Un Conte de Noël qui fait éclater les non-dits, cherche la vérité, et à contre-courant des bon sentiments des films de famille cinématographiques, il accepte l'absence d'amour.

Cet éclatement émotionnel est transposé à l'écran de manière moderne et audacieuse. Desplechin ose les jump-cut et les digressions légères. Les tensions éclatent, les esprits s'apaisent et les tensions reviennent. La beauté se trouve dans la surprise. On ne s'y attend jamais. C'est le cercle dessiné sur la main de Paul par la petite amie d'Henri, c'est le discours prononcé par Abel à l'enterrement de son fils, c'est Elizabeth qui soigne son frère banni, c'est le jeu qui s'installe entre Henri et sa mère séparés par un rideau de chambre d'hôpital.

"Mais que vous êtes bizarre dans ta famille."

C'est aussi une réunion de famille à laquelle on est invité. Nous sommes les hôtes d'une histoire douloureuse et humaine. Desplechin utilise habilement les apartés des personnages, les regards caméras semblent former l'aboutissement de cet accouchement dans la douleur puis de cet apaisement. Il en sort un film très ouvert où la famille n'est plus un carcan mais un tremplin proposé à tout à chacun.